Quelques lectures
« Le Sigisbée » DESACHÉ Mathilde, 2025
D'emblée, j'ai adoré STENDHAL et le Rouge et le Noir; j'admire Venise enfin je suis nostalgique de ces époques de finitude, en l'occurrence celle de la République Sérénissime avec ses Doges, son Bucentaure, son Carnaval masqué,… que bientôt un certain Bonaparte viendra saccager au nom de grands principes qu'il mettra bientôt sous le boisseau.
Mathilde DESACHE nous propose la correspondance imaginaire d'une noble vénitienne issue de la famille Cantarini et mariée à l'héritier Querini. Mariage prestigieux suivi rapidement de désillusions tant sur le plan conjugal et que sur celui du mirage vénitien que les soudards français du Directoire viendront mettre à bas.
C'est une époque où les jeunes filles destinées au mariage se sentent tenues d'être fondamentalement de bonnes épouses, moins de bonnes mères, les nourrices se chargeant des progénitures, du moins dans certains milieux.
Les mœurs du XVIII siècle à Venise peuvent nous paraitre étranges voire décomplexées, CASANOVA nous en a donné maints exemples. Oh délicieuse époque du moins pour certains voire certaines. C'est ainsi que Caterina Querini est dotée d'un nouveau sigisbée : « un compagnon, un complice, un confident, un chevalier servant, un chien fidèle » souvent choisi par le mari prévenant (ses absences ou son indifférence). Auparavant, sa famille l'avait dotée d'un sigisbée plus conventionnel (un viel ecclésiastique jouant chastement son rôle d'ange gardien). Cette fois, il s'agit de François, beau et jeune Français qui fut compagnon de jeu du mari et est resté son ami. A eux deux, ils entourent la jeune femme de leurs attentions se promenant tous trois bras dessus bras dessous…. vant le départ de l'époux désigné ambassadeur à Madrid.
Caterina a eu une fille, Guilia, née huit moins après le retour du mari de son ambassade de quatre années auprès de la Cour d'Espagne.
Puis tout se déglingue. Elle sera quittée par son « compagnon » qui emporte en France la petite fille âgée de deux ans qu'il éduquera au mieux. Reniée par son époux, elle se retrouvera enfermée dans un couvent par sa belle -famille avant d'en être sortie par un de ses fils. Elle tentera alors de retrouver sa fille par l'intermédiaire d'un ami qui n'est autre qu'Henri BEYLE, l'écrivain STENDHAL qui n'a pas encore sorti ses chef d'œuvres (*). Caterina tentera d'approcher celle qui entretemps est devenue une jeune femme et dont François, officiellement son « tuteur », l'a convaincue de la mort de sa mère. Le livre sont les lettres que Caterina écrit à H.B. ou directement à sa fille pour rétablir un lien familial qui n'avait pas eu le temps de se nouer. Giulia sera longtemps méfiante devant cette mère sortie de nulle part et qui ne lui livre les secrets de son enfance qu'au compte goutte. Après s'être amadouée et de tomber dans les bras d'Henri, elle aura rencontré une fois sa mère peu avant le décès de cette dernière.
Anne Lyse, mon épouse, n'a guère apprécié mais a finalement pu refermer le livre après une lecture laborieuse.
(*) Son cousin et un temps protecteur, Pierre DARU, dignitaire napoléonien, est l'auteur d'une monumentale histoire de Venise
« Le canaris dans la mine » Charline Vanhoenacker, 2025
Ce n'est pas un récit, ce n'est pas un roman mais la compilation de chroniques diffusées de 2020 à 2025 généralement en radio (France Inter) et qui reflètent les préoccupations ((journalistiques) du moment principalement pour la France (souvent trop strictement réduite au microcosme parisien), voire le monde. Du Covid à la dissolution malheureuse de 2025 en passant par la réélection de Trump, la guerre en Ukraine ou à Gaza, sans parler des humeurs de MELENCHON ou des pertes de mémoires de BARDELLA, nous revivons l'histoire immédiate.
Le genre fait parfois un peu réchauffé d'autant qu'il est dans certains cas permis de se demander pourquoi tel ou tel incident a pu avoir les faveurs de la belle Charline, cette émigrée venue des terres charbonnières de Wallonie. C'est d'ailleurs de ces contrées qu'elle tire le titre de son ouvrage car comme elle le canari prévient par ses piaillements le monde de la mine (le nôtre ?) des dangers présents ou imminents. Une lanceuse d'alerte qui le dit, pour mieux attirer l'attention, avec un certain humour.
Elle a ses têtes de turcs, ses boucs émissaires généralement farouches partisans de la priorité à droite, qu'elle brocarde à l'envi tout en élargissant (malgré elle ?) leur audience.
C'est aussi une manière de voir l'évolution rapide et inquiétante de nos sociétés en quelques années. J'ai parfois l'impression qu'avec le recul certaines vilénies stigmatisées par la Vanhoenacker entretemps sont devenues des banalités ne méritant plus la moquerie ou la dérision. Les excès, les exagérations, les cris d'orfraies de la « saltimbanque » sont parfois dépassés par la réalité. Le canaris n'annonce-t-il pas le feu de l'enfer (le grisou) ?
Cette fois, mon épouse Anne Lyse a apprécié plus que moi. C'est dire si 56 ans de mariage n'érodent pas les divergences d'appréciation.
« Le Souvenir de presque tout » Pierre ARDITI, 2025
Lu en une soirée (*), c'est une sorte de biographie par touches, par souvenirs d'un esprit malicieux parfois plus sensible qu'il ne voudrait le faire paraitre. Refusant la nostalgie, il veut croire que les souvenirs sont des marches pied pour aller plus avant dans la vie.
Comme artiste, ARDITI nous donnerait l'impression d'être un de ceux qui durent attendre que de nombreux collègues de leur génération soient partis dans les nuages pour être enfin appréciés. C'est peut être qu'il fut souvent le critique le plus acerbe de son propre jeu de scène ou de sa voix, qu'il n'aime pas.
Tout n'est pas beau dans un parcours humain, l'essentiel est de pouvoir s'entre regarder en face sans trop rougir de honte ou de se mettre dans la peau d'un « autre ». C'est le propre des acteurs.
Souvent, il apprécie les saveurs, les pratiques de toujours les préférant à celles plus délétères des modes d'aujourd'hui, citant Paul VALERY pour qui « La nouveauté d'une chose n'est pas une qualité intrinsèque de cette chose ».
Est-ce sa filiation belge (son grand père paternel est bruxellois), mais il se rappelle avec plaisir, les Tintins de son enfance et autres BD mythiques. Ces dernières doivent rester un amusement. « Quand elle devient moralisatrice ou tout simplement sérieuse, [la BD] m'ennuie. » Comme l'écrivait le réalisateur américain Frank CAPRA, « Si vous avez un message à faire passer, adressez vous à la Poste ».
Son père, qui parfois l'appelait fiston (**), lui reprochait ces lectures pour lui futiles, lui conseillant les grands auteurs dont STENDHAL. Pierre ARDITY fera du Rouge et le Noir, un temps, son livre fétiche.
Puis les années passèrent et le voilà plus proche du terme du voyage. Pour écarter ces pensées morbides rien de tel que de courir les planches ou de se souvenir de la sagesse paternelle : « Tu verras un certain nombre de choses qui t'auront contrarié, ennuyé, énervé parfois, te paraitront attendrissante avec le recul ».
Quant à mon épouse, en refermant le livre, elle m'a confirmé qu'elle préférait nettement l'acteur à l'écrivain.
(*) Emprunté à la Médiathèque Clardeluno de Cazedarnes qui l'obtint d'un collègue de son réseau
(**) Il est vraiment de ma génération : mon père aussi m'appelait fiston et durant la fin de mes études voire au-delà Le Rouge et le Noir fut aussi un livre de chevet. Plus généralement, je partage sa gène devant ces pontes de vertus qui imposent leurs dogmes quitte à les renier lorsque d'autres ont les faveurs des donneurs de leçons ; craignant par-dessus tout de n'avoir pas pris, à temps, le bon vent. .
FERRY, l'IA Grand remplacement ou complémentarité ?
Dans ce livre, paru à la fin 2024, Luc FERRY, philosophe, enseignant, ancien ministre de l'EN, propose une réflexion sur les potentialités et dangers de l'Intelligence artificielle. Dernièrement, TRUMP (voir https://rugarama2.webnode.fr/l/trump-et-l-ia/ a pris certaines orientations visant à libérer au maximum de toute contrainte le développement de l'IA. Cela sans égard aux considérations de nombreux spécialistes (voir https://rugarama2.webnode.fr/l/ia-reaction-de-quentin-reul/ ) qui tout en étant enthousiastes n'en étaient pas moins prudents et voulaient mettre des gardes fous (les biens nommés).
Pour Luc FERRY, il convient d'examiner l'impact que pourrait avoir l'IA sur nos sociétés (travail, vie privée, santé, longévité, ….) la tête froide sans a priori. Trop souvent nos sociétés, au fort vieillissement, sont tentées par le rejet de toute innovation arguant notamment des effets négatifs qu'elles peuvent avoir. Il est vrai que souvent dans l'histoire des progrès scientifiques, des nouveautés ont entraînés différentes mutations dont certains ont eu à se réjouir et d'autres à se plaindre. Elles ont contribué au développement humain tout en conduisant aux pires abominations. L'exemple de l'énergie nucléaire est édifiant. Bienfait pour la production d'énergie « durable », elle est aussi à la source des armes les plus terrifiantes.
Examinant, les différents stades de l'IA (de plus en plus développée et puissante, capable de dépasser les capacités, sous de nombreux aspects, de l'être humain), FERRY, dans un langage particulièrement compréhensible (pour un philosophe mais ce n'est pas sa matière habituelle), brosse un tableau assez large de la question. Pour une première fois, je commence à comprendre ce qu'est l'IA et ses implications.
Détruira-t-elle des emplois ? détruira-t-elle notre civilisation et nos valeurs (travail, autonomie de la personne,…). ? Pour Ferry, il est incontestable que des emplois tant manuels qu'intellectuels disparaîtront relativement rapidement. Certes, l'IA créera d'autres emplois mais rien n'indique qu'ils compenseront les pertes. Dans un passé récent, les gains de productivité (dus notamment aux progrès technologiques) ont été aussi compensés par une réduction du temps de travail liée à un élargissement des compétences des travailleurs (cols bleus et blancs). Tenter de freiner cette évolution est aussi inutile que vain. Ne serait-ce que parce certains sociétés notamment non-démocratiques, la pousseront par contre à son développement maximum pour en tirer divers avantages pour conserver la mainmise sur leur population sans parler des profits qu'elle peut générer. En refusant les capacités de l'IA dans notre économie, nos entreprises et notre société nous sommes voués au déclin, dépassés par ceux qui n'auront pas nos scrupules. Cela dit rien n'empêche, sans être naïfs, de combiner développement d'une IA européenne avec parallèlement la définition de cadres permettant de respecter nos valeurs et la mise en place de mécanismes nouveaux de formation d'une part, et de notre fiscalité d'autre part . L'UE est, pour les européens, le seul niveau permettant une mobilisation des moyens colossaux nécessaires et disposant d'un marché suffisamment large pour rentabiliser ces investissements.
Voici l'extrait final de la conclusion du livre de Luc FERRY :
« On peut bien sûr, et je l'ai fait ici sans fard, s'interroger sur les dangers de l'innovation, critiquer, discuter, débattre, mais le pessimisme réactionnaire, qu'il soit de droite ou de gauche, ne permet pas de comprendre la réalité de ces deux révolutions, celle de l'IA et de la longévité, pas davantage que celle des entreprises qui sont en train de transformer le monde parfois pour le pire, mais parfois aussi pour le meilleur. Le bon sens nous invite à séparer le bon grain de l'ivraie. Reste à espérer que dans un monde médiatique où seule la radicalité semble être payante, il puisse malgré tout se frayer un chemin. Ce livre n'a d'autre objet que d'aider à comprendre ces bouleversements du monde afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée. Avis à ceux qui nous gouvernement, ou qui du moins prétendent le faire,.. »
BERLIN, année zéro. La première bataille de la guerre froide (Giles MILTON, Edit. Noir sur blanc, 2021-2022). 17/01/2024
La prise de Berlin fin avril 1945 et la capitulation du 8 mai suivant sont les événements marquants de la chute du IIIè Reich et pour l'Europe la fin de la seconde guerre mondiale. Le livre en décrit d'abord les péripéties vues du point de vue des Berlinoises et les Berlinois à qui les vainqueurs font payer les souffrances endurées par les populations civiles de leurs pays. C'est aussi, le commencement de frictions qui iront s'accentuant pour devenir un conflit larvé voire explicite entre lesdits vainqueurs dont l'alliance ne résiste pas aux tentations d'hégémonie.
Au départ, il s'agit surtout des prétentions soviétiques d'être les seuls artisans de la Victoire, discours encore présent aujourd'hui à Moscou.
Bien vite, la Russie Staline (appelée URSS) ne fait plus mystère de son ambition d'engranger le maximum de bénéfices politiques et territoriaux. Au départ pour éloigner les dangers d'une résurgence future de l'Allemagne mais bien vite pour étendre son empire voire imposer la bonne parole communiste. Les avertissements puis les premières ripostes, prémices de la guerre dite froide, seront notamment le fait d'officiers américains ou anglais des armées d'occupation en Allemagne et plus précisément à Berlin. Très tôt, ils ont voulu faire barrage aux prétentions staliniennes exorbitantes parfois contre l'avis de leur gouvernement respectif qui voulait préserver l'alliance antinazie et cherchait l'apaisement. Au départ, leurs avertissements seront négligés mais ils devinrent de plus en plus audibles. CHURCHILL s'en fera l'écho dans son discours de Fulton (Missouri) le 5 mars 1946 : « Je suis convaincu qu'ils (les Soviétiques) n'y a rien qu'ils admirent plus que la force, et rien qu'ils respectent moins que la faiblesse, surtout la faiblesse militaire ». Quelques jours auparavant, à la demande de ses supérieurs, George KENNAN, chargé d'affaires à l'ambassade américaine à Moscou depuis quelques années, écrivait dans son rapport : « La vision paranoïaque qu'a le Kremlin de la situation mondiale, est causée par le sentiment d'insécurité russe atavique et instinctif. Cette insécurité se manifestait par des efforts patients mais mortellement dangereux visant à la destruction totale des puissances rivales ». Ces tensions culmineront avec le blocus de Berlin (commencé le 24 juin 1948) et qui dura une année.
Un livre a lire notamment en éclairage de l'invasion russe en Ukraine.
« Le vin bourru » de Jean Claude CARRIERE, édité en 2000 (05/10/2023)
Artiste « parisien », l'auteur est né à Colombières sur Orb (entre Lamalou et Mons la Trivalle, dans les hauts cantons de l'ouest de l'Hérault).
Dans ce livre, il conte son enfance et décrit l'ambiance et le dur labeur des paysans de ces contrées aux alentours des années 1940. Belle approche pour revivre le contexte qu'ont connu les anciens du Midi et comprendre un tantinet l'évolution intervenue depuis.
Vous y apprendrez par exemple qu'à l'époque les pommes de terre y sont rares. D'une part, les bons sols sont réservés aux légumes « plus nobles », d'autre part les transports alimentaires nationaux ou internationaux sont encore rares. C'est ainsi que la châtaigne fut longtemps prisée dans ces régions et remplaçait les féculents rares dans les jardins. Le long des chemins, il reste de beaux châtaigniers, témoins de cette époque.
Ps le vin « bourru » c'est le jus de première pression
« L'Eglise dans tous ses états. Cinquante ans de débats autour de la foi » par Mgr André LEONARD.23/06/2023
Après de nombreux autres livres (philosophiques, religieux,..), l'ancien évêque de Namur et Archevêque de Malines-Bruxelles a publié en 2023 une « autobiographie » qui me l'a fait découvrir (1) sous un autre angle. Retraité et vivant aujourd'hui dans le Sud de la France où il peut à la fois aider des paroisses et continuer d'approfondir ses chères études, il reste attentif à l'évolution de l'Eglise catholique.
Certes, comme souvent dans ce genre d'exercice, l'auto justification (a posteriori) est présente mais l'intéressé ne change pas facilement d'avis et n'hésites pas à réaffirmer ce qui lui fut vivement reproché par l'opinion dite publique en usant d'une langue parfois peu nuancée.
Ne participant pas à certains cercles cléricaux, je n'avais pas souvenance de son passé de grand connaisseur de la philosophie et de la théologie, matières qu'il enseigna à l'UCL et dans d'autres institutions. Pour la théologie, il fut moins sous les projecteurs que certains confrères, professant généralement une opinion strictement conforme à la tradition et aux conceptions vaticanes.
Il fut, selon ses souvenirs, un partisan de l'essentiel du message du Concile de Vatican II dont il a vraisemblablement une lecture plus conforme aux textes adoptés. Par exemple, il n'y trouve nullement l'abandon obligatoire du latin ou du grégorien ni l'obligation du prêtre célébrant face aux fidèles. De nouvelles pratiques comme la Communion dans la main en sont également absentes. (voir Annexe : Concile Vatican II, Constitution sur la Sainte Liturgie (extraits). Ensuite, il déchanta devant les interprétations libres qui furent les conséquences du méta-concile (opposant ainsi comme Benoit XVI en 2013 le Concile des pères à celui des médias) cherchant, selon lui, à courir résolument après l'air du temps (souvent en vain) quitte à perdre son âme (2).
Durant son épiscopat, il se consacra à visiter toutes les paroisses de son grand diocèse de Namur-Luxembourg (le ¼ de la Belgitude en superficie) et à la formation des séminaristes en évitant les travers post conciliaires évoqués ci-dessus.
S'il dût sa nomination d'archevêque à l'autorité personnelle de Benoit XVI avec lequel il était en symbiose comme avec Jean Paul II, il n'a guère eu l'occasion d'y imposer sa marque autant que dans son précédent ministère. Il passe rapidement sur les aléas (mais ne les oublie pas) de sa carrière lorsque le Vatican n'apprécie plus autant ses convictions ou son franc parler.
Beaucoup de ses constatations sur l'évolution de la société et de l'Eglise en Occident peuvent sembler pertinentes (3) mais elles sont souvent formulées dans un discours teinté d'un conservatisme profond, ce qui est parfaitement son droit. Il en espère un renouveau de l'Eglise catholique romaine qui par un réel retour au message évangélique (et à ses dogmes et formes d'expressions liturgiques) retrouverait ses fidèles. Est-ce de l'utopie ou la marque d'une foi capable de soulever les montages ?
(1 ) J'avais déjà eu l'occasion précédemment d'avoir une appréciation quelque peu différente de celle du monde médiatique C'était à la fin de la première décennie du présent millénaire où il m'arrivait d'aller déjeuner à la cafeteria du Bureau de l'enseignement catholique de la rue Guimard à Bruxelles. Un midi, je me retrouvais à la table voisine de l'Evêque de Namur entouré d'une dizaine de collaboratrices et collaborateurs. Je fus impressionné par sa simplicité et sa bonne humeur, à cent lieues de l'opinion que je m'en faisais par médias interposés.
(2) Selon Le Figaro (26/07/2023), parmi les jeunes catholiques français « engagés (participants au Pèlerinage de Chartres ou au JMJ de Lisbonne 2023), une majorité défendent une conception traditionaliste de la religion. : « J'ai plus de mal avec la messe normale, la messe traditionnelle est belle, elle est plus verticale »
(3) Par exemple, ses réflexions à propos de nombreuses écoles dites catholiques : « Malheureusement, j'ai souvent eu des déboires quand je demandais à la direction d'une école catholique en quoi consistait son identité spécifique. J'entendais alors, tout comme dans les universités, cliniques ou syndicats chrétiens des réponses citant des « valeurs évangéliques ». Mais quand, je demandais de les nommer, c'est quasi identiquement les valeurs des Lumières ou de la franc-maçonnerie. Alors qu'une école catholique doit être, en étroite relation avec les mouvements de jeunesse chrétien, une école où le Christ est présent, où l'enseignement de la religion est pertinent, où un lieu de prière est offert pour y rejoindre le Christ présent dans l'Eucharistie. On est parfois loin du compte. Pour agrandir les classes, on a parfois rasé la chapelle. Tout cela au profit d'une identité chrétienne vague, floue, affadie.. » in « L'Eglise dans tous ses états » pp.152-153
A titre personnel, sans que la situation y fut comparable à celle décrite par Mgr LEONARD, déjà durant les années 1960 en Humanités dans une école tenue par des Frères des Ecoles Chrétiennes, il me semblait que les professeurs de religion n'étaient pas choisis dans la crème des pédagogues les plus convaincants.
Annexe : Concile Vatican II, Constitution sur la Sainte Liturgie (extraits)
30. Participation active des fidèles
Pour promouvoir la participation active, on favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi en son temps un silence sacré.
36. La langue liturgique
1. L'usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins
2. Toutefois, soit dans la messe, soit dans l'administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l'emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants, conformément aux normes qui sont établies sur cette matière dans les chapitres suivants, pour chaque cas.
3. Ces normes étant observées, il revient à l'autorité ecclésiastique qui a compétence sur le territoire, mentionnée à l'article 22 (même, le cas échéant, après avoir délibéré avec les évêques des régions limitrophes de même langue), de statuer si on emploie la langue du pays et de quelle façon, en faisant agréer, c'est-à-dire ratifier, ses actes par le Siège apostolique.
4. La traduction du texte latin dans la langue du pays, à employer dans la liturgie, doit être approuvée par l'autorité ecclésiastique ayant compétence sur le territoire, dont il est question ci-dessus.
40. Mais, comme en différents lieux et en différentes circonstances, il est urgent d'adapter plus profondément la liturgie, ce qui augmente la difficulté :
1. L'autorité ecclésiastique ayant compétence sur le territoire, mentionnée à l'article 22 §2, considérera avec attention et prudence ce qui, en ce domaine, à partir des traditions et du génie de chaque peuple, peut opportunément être admis dans le culte divin. Les adaptations jugées utiles ou nécessaires seront proposées au Siège apostolique pour être introduites avec son consentement.
2. Mais pour que l'adaptation se fasse avec la circonspection nécessaire, faculté sera donnée par le Siège apostolique à cette autorité ecclésiastique territoriale de permettre et de diriger, le cas échéant, les expériences préalables nécessaires dans certaines assemblées appropriées à ces essais et pendant un temps limité.
3. Parce que les lois liturgiques présentent ordinairement des difficultés spéciales en matière d'adaptation, surtout dans les missions, on devra, pour les établir, avoir à sa disposition des hommes experts en ce domaine.
54. Latin et langue du pays à la messe
On pourra donner la place qui convient à la langue du pays dans les messes célébrées avec le concours du peuple, surtout pour les lectures et la « prière commune », et, selon les conditions locales, aussi dans les parties qui reviennent au peuple, conformément à l'article 36 de la présente Constitution.
On veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l'ordinaire de la messe qui leur reviennent.
Mais si quelque part un emploi plus large de la langue du pays dans la messe semble opportun, on observera ce qui est prescrit à l'article 40 de la présente Constitution.
55. La communion, sommet de la participation à la messe ; la communion sous les deux espèces
On recommande fortement cette participation plus parfaite à la messe qui consiste en ce que les fidèles, après la communion du prêtre, reçoivent le Corps du Seigneur avec des pains consacrés à ce même sacrifice.
La communion sous les deux espèces, étant maintenus les principes dogmatiques établis par le Concile de Trente, peut être accordée, au jugement des évêques, dans les cas que le Siège apostolique précisera, tant aux clercs et aux religieux qu'aux laïcs ; par exemple : aux nouveaux ordonnés dans la messe de leur ordination, aux profès dans la messe de leur profession religieuse, aux néophytes dans la messe qui suit le baptême.
101. Langue
§ 1. Selon la tradition séculaire du rite latin dans l'office divin, les clercs doivent garder la langue latine ; toutefois, pouvoir est donné à l'Ordinaire de concéder l'emploi d'une traduction en langue du pays, composée conformément à l'article 36, pour des cas individuels, aux clercs chez qui l'emploi de la langue latine est un empêchement grave à acquitter l'office divin comme il faut.
§ 2.Quant aux moniales et aux membres, hommes non clercs ou femmes, des instituts des états de perfection, le supérieur compétent peut leur accorder d'employer la langue du pays dans l'office divin, même pour la célébration chorale, pourvu que la traduction soit approuvée.
Tout clerc astreint à l'office divin, s'il célèbre celui-ci dans la langue du pays, avec un groupe de fidèles ou avec ceux qui sont énumérés au §2, satisfait à son obligation du moment que le texte de la traduction est approuvé.
116. Chant grégorien et polyphonie
L'Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d'ailleurs, doit occuper la première place.
Les autres genres de musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de la célébration des offices divins, pourvu qu'ils s'accordent avec l'esprit de l'action liturgique, conformément à l'article 30.
117. L'édition des livres de chant grégorien
On achèvera l'édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on procurera une édition plus critique des livres déjà édités postérieurement à la restauration de saint Pie X.
Il convient aussi que l'on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l'usage des petites églises.
118. Le chant religieux populaire
Le chant religieux populaire sera intelligemment favorisé pour que, dans les exercices pieux et sacrés, et dans les actions liturgiques elles-mêmes, conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, les voix des fidèles puissent se faire entendre.
125. Les images sacrées
On maintiendra fermement la pratique de proposer dans les églises des images sacrées à la vénération des fidèles ; mais elles seront exposées en nombre restreint et dans une disposition appropriée, pour ne pas susciter l'étonnement du peuple chrétien et ne pas favoriser une dévotion mal réglée.
L'Église et le féminin. Revisiter l'histoire pour servir l'Évangile de Anne-Marie Pelletier
L'Église ne cesse de déclarer son intention de mieux reconnaître la place des femmes en son sein. Si quelques évolutions vont dans ce sens, elles restent toutefois timides. Elles suscitent souvent des résistances et des oppositions parfois très vives. Ces blocages, plus profonds qu'il n'y paraît, témoignent de la difficulté à penser un féminin, paradoxalement d'autant plus célébré qu'il est minoré, marginalisé dans les faits.
Dans cet essai stimulant, la théologienne Anne-Marie Pelletier propose de revisiter quelques aspects de l'histoire de la relation de l'Église aux femmes. Elle nous permet d'identifier la manière dont se sont constitués des préjugés, qui continuent à hanter les esprits, en freinant des évolutions aujourd'hui nécessaires. Si l'auteur n'hésite pas à poser des questions dérangeantes, son objectif n'est ni de s'enferrer dans une logique de procès, ni de disqualifier la tradition qui porte jusqu'à nous le trésor de la foi.
En revanche, il s'agit de percevoir que des convictions passant pour révélées en anthropologie chrétienne ne sont que le fruit d'un accommodement de la foi aux représentations culturelles d'un moment. Ce faisant, il s'agit de désencombrer les sources vives de l'Évangile pour que celui-ci déploie sa puissance de nouveauté et de vie en un temps qui appelle de courageuses révisions institutionnelles.
L'auteure : Agrégée de lettres, docteur en sciences des religions et professeur émérite des universités, Anne-Marie Pelletier a consacré une grande partie de ses travaux aux questions d'herméneutique biblique (D'âge en âge, les Écritures, Lessius, 2004). Elle mène aussi depuis plusieurs années une réflexion autour du féminin à l'aune de la révélation biblique (Le signe de la femme, Cerf, 2006 ; L'Église, des femmes avec des hommes, Cerf, 2019).
Belle interview sur KTO ce dimanche 30/01/2022
L'Arsène Lupin des galetas par Paul CASOAR (2022)
Lorsque meurt Raoul SACCAROTTI (1900-1977), c'est un monde qui disparaît. Celui que ressuscite Phil CASOAR.
Est-ce une biographie romancée ? En tous cas, les pointillés sont soit assumés soit remplacés par des hypothèses vraisemblables mais qui laissent place aux doutes.
Qui a vraiment été SACCAROTTI ? Dans les années trente, un cambrioleur de génie travaillant généralement seul et sans violence, spécialisé dans le nettoyage impromptu des greniers (ou galetas) bourgeois de la région de Grenoble. Le faisait-il pour s'enrichir ou simplement survivre ? L'objectif était-il de pouvoir aider plus malheureux que lui ? Ou avait-il pour intention d'aider des mouvements politiques d'extrême gauche dont l'anarchie ?
Finalement appréhendé en France, il fut remis à son pays d'origine (où il avait précédemment connu quelques déboires judiciaires). Le régime de Mussolini l'exila sur une ile prison pour de vague soupçons d'opposition au fascisme.
Durant la guerre froide, il en serait revenu de ses fréquentions de gauche communisante et aurait fourni des dossiers favorisant la lutte anti-communiste des services secrets italiens dans une période où ces derniers furent accusés de tous les maux, Il passa ses dernières années avec une princesse russe au nom emblématique d'une marque de vodka bien connue de la firme Martini.
Le bel italien côtoya beaucoup de monde avec souvent une forme innée d'opacité. Ses nombreuses conquêtes féminines, épousées ou non, surent-elles jamais ce qu'il en était de ce personnage sulfureux ou prétendu tel. Des nombreux témoignages (de personnes parfois jeunes voire très jeunes lorsqu'elles l'ont connu) peu ont une vue « globale » des réelles tribulations de celui qui fut appelé par un journaliste l'Arsène LUPIN des galetas en souvenir du héros des romans de Maurice LEBLANC.
L'enquête de Paul CASOAR effleure l'histoire du XXè siècle méditerranéen en Italie, en France et en Espagne (guerre d'Espagne), SACCAROTTI œuvrant, ou se cachant voire étant embastillé dans ces divers pays. Une façon de faire vivre des pans de l'histoire européenne dont tous les détails ne nous sont pas encore connus.
Parfois un peu difficile à suivre au long des presque 600 pages (*), l'auteur veut nous convaincre des efforts qu'il a entrepris pour mener à bien son entreprise décrivant « une drôle d'affaire dans un monde pas drôle du tout » comme l'écrira une des avocates du beau Raoul. Lorsqu'un nouveau nom apparait dans l'entourage de son « héros », il n'hésite à se lancer dans une vaste « traque » sur ce nouveau venu. Il semble un archéologue découvrant un vieux site de l'antiquité où il ne dispose que de quelques os pour élaborer toute une description de l'histoire de leur propriétaire mais aussi du lieu voire des événement dont ils furent le théâtre.
(*) Néanmoins, l'expérience journalistique de CASOAR nous maintient souvent en haleine malgré la difficulté d'assimiler autant de noms et de circonstances les plus rocambolesques les unes que les autres
J'ai servi Pétain, Arnaud BENEDETTI, entretiens avec Paul RACINE (2014)
« Comment réformer ? Nous ne le savions pas trop ; certains établissaient des plans, les exécutaient. Je pense aux jeunes technocrates, souvent brillants, qui peuplaient les cabinets. Nous prenions les problèmes au fur et à mesure qu'ils se posaient dans une atmosphère tout à la fois de grande improvisation, d'organisation apparente,.. » Paul RACINE p 125
