Un coup d'Etat borain ?
Par hasard, je suis tombé sur un article d'un quotidien anglais de décembre 1944 au Mundaneum qui relatait une séance de questions (19/12/1944) au Parlement britannique (Communes) évoquant une tentative de coup d'Etat en Belgique menée par des éléments de la Résistance proche du Parti communiste. Interrogé par un député sur des événements qui se seraient produits en Belgique le 28 novembre précédant, le PM Churchill répondait qu'il s'agissait bien d'un «putsch organisé en vue de renverser le gouvernement de M. Pierlot ». Il faut reconnaître qu'au fil du temps Churchill devenait de plus en plus méfiant face aux alliés soviétiques et à leurs partisans des partis communistes.
Les premiers mois de la Libération en Belgique n'étaient pas de tout repos. Entre les pénuries et les oukases du Parti communiste auréolé de sa résistance, le pouvoir des partis traditionnels vacillait. Une tentative de descente de Montois et de Borains sur Bruxelles aurait eu lieu le 28/11/1944.
Dans un mémo, l'ambassadeur Britannique à Bruxelles (les troupes britanniques jouaient un peu les « marraines ou les belles mères » du gouvernement Pierlot fraichement rentré au pays) fait part d'une visite dudit Pierlot qui « lorsqu'il arrive lui dit que des manifestants de Mons arrivaient, armés, en camion pour prendre d'assaut les bâtiments du gouvernement ». Compte tenu de la faiblesse des forces dont dispose le gouvernement belge, il sollicitait l'intervention des troupes britanniques présentes sur le territoire belge pour maintenir l'ordre. L'assistance alliée ne fut toutefois pas nécessaire car la gendarmerie avait entretemps arrêté et désarmé les manifestants avant qu'ils n'atteignent Bruxelles. D'après le PM belge le danger était néanmoins réel.
Dans son n°798 de 1978, le CRISP (alors une référence en matière d'histoire et de science politique contemporaines) conclut « qu'il s'était s'agit d'un feu de paille » : la colonne « insurrectionnelle » ayant été arrêtée au sortir de Mons par quelques gendarmes alors peu armés.
Le 15 décembre, un journaliste anglais publie une version moins officielle de cette affaire « Quatre-vingts hommes dirigés par un lieutenant du mouvement de la résistance écrit-il quittèrent Mons le mardi 28 novembre dans deux camions pour se rendre à Bruxelles. Ces hommes portaient des armes qui leurs avaient été données lorsqu'ils étaient partisans. Ils furent arrêtés à Nimy, près de Mons, par environ 5 à 6 gendarmes. Ces gendarmes demandèrent où ils allaient; il leur fut répondu qu'ils se dirigeaient sur Bruxelles. Les gendarmes demandèrent pourquoi. La réponse fut "rendre nos armes au quartier général des partisans à Bruxelles". Les gendarmes dirent aux partisans qu'ils ne pouvaient continuer leur route en armes et qu'ils devaient les rendre sur le champs. Les hommes de la résistance déclarèrent qu'ils le feraient si les gendarmes étaient prêts à suivre les ordres du gouvernement de payer 1.000 frs pour chaque arme rendue. Les gendarmes n'étaient pas en mesure de le faire et, pendant plusieurs minutes, la discussion se poursuivi mi gouailleuse, mi-sérieuse. Finalement, les gendarmes interrompirent la discussion en annonçant aux partisans qu'ils étaient en état d'arrestation. Les hommes furent emmenés au commissariat de police où ils rendirent leurs armes. Ils furent relâchés après avoir été retenus pendant une demi- heure. Aucune charge ne fut retenue contre eux. »
Il semblerait que les camions de Mons soient le seul exemple connu à propos de résistants se rendant à Bruxelles en armes dans la journée du 28 novembre 1944.
Lors des grèves de 1960, une descente sur Bruxelles au départ de Mons et du Borinage fut évoquée : un noyau dur de grévistes devait être amené dans la capitale en camion (de la Brasserie Cavenaille de Dour dont le patron, dit le brasseur rouge, était une figure contestataire bien connue?). Cette rumeur faisait-elle référence dans l'imaginaire collectif au précédent de novembre 1944 ?
