Saint Nicolas en Belgique en 1870
Remarquons que dans ce texte présentant la fête de Saint Nicolas en Belgique en 1870, il n'est fait nulle mention d'un père fouettard. Seul Saint Nicodème ou Saint Nicolas lui-même (Bruges et Limbourg) sont parfois affublés d'un fouet
6 décembre (*)
(Erica nidiflora.) Saint Nicolas, évêque de Myre.
Saint Nicolas, auquel la ville de saint-Nicolas dans le pays de Waes est redevable de son nom, compte en Belgique parmi les saints les plus vénérés. Cent et six églises sont consacrées en son honneur et un grand nombre de métiers, entre autres les bateliers dans les villes situées sur la Meuse, les scieurs de bois, les pourpointiers ou « cuttenstekers, » les teinturiers, tourneurs et merciers à Bruges, les accapareurs ou « voorkoopers » à Termonde, les merciers et négociants à Malines, les emballeurs, les grainetiers et tonneliers à Liège, les écrivains et les employés à Mons, etc., l'ont choisi pour patron.
Mais ce qui contribue le plus à rendre saint Nicolas très populaire en Belgique, c'est qu'il passe pour être le protecteur et correcteur des petits enfants, et que sa fête, dans tout le pays, est un jour de joie et de réjouissance pour la jeunesse.
A l'instar du «Greef van Halfvasten, » saint Nicolas monté sur un âne ou sur un cheval blanc, et ayant de chaque côté de sa monture un grand panier rempli de friandises et de joujoux, parcourt, la nuit avant sa fête, le sommet des habitations et laisse tomber par les tuyaux des cheminées quelques bonbons et joujoux pour chaque enfant, qui durant le cours de l'année a été sage, obéissant et studieux, mais une verge ou un torchon pour celui d'entre eux qui s'est mal comporté, qui n'a pas voulu se coucher de bonne heure ou qui ne se laisse pas bien laver. C'est à ces fins que les enfants placent le soir de la veille, dans la cheminée de la chambre à coucher de leurs parents, selon les localités, soit un soulier ou sabot qu'ils ont eu soin de décrotter eux-mêmes, soit un bas, soit un petit panier. A Liège et à Spa les souliers ou sabots sont exclusivement en usage; dans les Ardennes et le Hainaut les corbeilles sont en général plus usuelles que les sabots; dans les provinces flamandes on se sert indistinctement de sabots et de paniers, le plus souvent de l'un et de l'autre ensemble. A Furnes on se sert aussi des bas; à Mons les enfants font un grand sac de papier à anses; à Namur un soulier en papier bien décoré de rubans. A Malines ils mettent un grand sabot sur le lit; à Dinant et à Huy ils jettent de petites bottes de foin dans un coin d'une chambre on du grenier, ou ils remplissent un plat d'avoine et le placent devant la cheminée, croyant gagner les bonnes grâces de saint Nicolas, en prenant soin de sa monture.
Pour la même raison, les enfants ne manquent jamais de remplir le soulier ou la corbeille de foin, et d'y mettre quelques carottes ou un petit pain pour le cheval du saint évêque. Dans les Ardennes ils mettent des pelures de pommes de terre dans les paniers, dans le pays du Limbourg ils remplissent les souliers ou sabots d'avoine.
Dans la partie flamande de la Belgique, les enfants récitent aussi le soir avant de se coucher la prière touchante :
« Jesuken, zoete minneken,
Maek van my een zoet kindeken;
Jesuken, ik geef u myn herteken,
Jaeg er uit alle kwade pertekens. »
plus fervemment que de coutume, et chantent une petite chanson relative à la fête de Saint-Nicolas, dont on connaît presque en chaque ville une autre variante. A Anvers on chante :
Sinte Nikolaes,
Nobele baes,
Breng wat in myn schoentjen,
Een appeltjen of een lamoentjen,
Een nootjen om te kraken,
Dat zal wat beter smaken .
A Bruxelles, on chante :
Sinte Niklaes caepoentjen,
Bringde wat in myn schoentjen,
Een appelken of een citroentjen!
Zoo het alles daerin niet kan
Bind het met e' koordeken daerân.
A Bruges :
Kousen en schoenen staen te pronken,
Al in den heerd;
De kindekens slapen, dat ze ronken,
Daer komt een peerd :
'T is een peerd gelyk eenen ezel
O heilige man !
'K zal een deuntje voor u lezen
Breng my wat dan.
A Turnhout :
Sinte Niklaes, myn goeije man,
Wilt ge me wel wat geven
Dan dien ik u al myn leven.
Geeft ge me niet
Dan dien ik u niet
Dan zyt gy myn Sinte Niklaesken niet.
Le lendemain les enfants trouvent leurs souliers ou leurs paniers rempli de beaucoup de bonnes choses; mais, s'ils ont été méchants, le faisceau de verges tient lieu de bonbon ou bien l'avoine est restée intacte dans le sabot.
Croquignolles, oranges, figures en pain d'épice, en massepain ou en sucre, noix, pommes et toutes sortes de joujoux, tout est déposé dans les souliers ou paniers. Un grand portrait de Saint-Nicolas en pain d'épice « speculatieman » y est de rigueur. Ce n'est qu'à Diest que le pain d'épice est exclusivement réservé pour la Mi-Carême, tandis qu'à Bruges la « speculatie » (spéculoos) est la pâtisserie principale de la Saint-Nicolas. A Bruxelles et en quelques autres villes, de petits navires en massepain, bien décorés de fanions en miniature et remplis de bonbons, se vendent sous le nom de « spéculatie, spéculaux ou spéculations » et sont très-recherchés comme présents de la Saint-Nicolas.
Dans la plupart des localités les enfants ne placent pas seulement leurs souliers ou paniers chez les parents, mais ils vont aussi en placer un chez leurs parrains et marraines, chez leurs aïeuls et aïeules. Dans la Campine, ils y vont, le jour de Saint-Nicolas, quérir des gâteaux appelés « Sint-Nikolaes-koeken », gâteaux de Saint-Nicolas.
En Brabant les domestiques avaient jadis un privilège pareil. Les valets plaçaient dans la chambre de Monsieur », les servantes dans celle de « Madame » un soulier afin d'obtenir un présent.
En quelques villages de la province de Namur les enfants vont, le jour de Saint-Nicolas, faire une quête, comme à la Saint-Grégoire. L'un d'entre eux est habillé en évêque et monté quelquefois sur un âne, ayant de chaque côté de sa monture un panier, pour y mettre tout ce qu'on donne aux quêteurs.
A Bruges la personne représentant saint Nicolas qui allait autrefois de famille en famille pour distribuer aux enfants les présents que les parents leur avaient destinés était suivie d'un compagnon déguisé en saint Nicodème qui portait les verges.
Dans quelques communes du pays de Limbourg, l'un ou l'autre paysan, travesti en évêque, à la barbe longue, et assis sur un âne, parcourt, à la nuit tombante, les rues du village et épouvante les enfants en leur donnant à droite et à gauche le fouet .
A Gand a lieu un marché dit « aux petits présents » (de presentjesmerkt) sur la place de Sainte-Pharaïlde. C'est à cause du grand nombre de pèlerins qui jadis venaient à Gand, le 4 janvier, chômer la fête de Sainte-Pharaïlde que l'on avait établi une foire, qui, malgré les troubles des Calvinistes, s'est continuée jusqu'à nos jours, mais a été transférée depuis au mois de décembre .
A Saint-Nicolas se tient chaque année en ce jour une foire dont l'empereur Maximilien a accordé le privilège à la commune en 1513. Cette foire qui était jadis tellement considérable qu'en 1754 il y eut plus de 1,900 chevaux à vendre, se tenait déjà longtemps avant la date du décret au même jour, et les échevins avaient la coutume de donner, à cette occasion, un grand banquet.
(*) Extrait de « Traditions et légendes de la Belgique » par le Baron de Reinsberg-Düringsfeld, 1870
