Reconnaître l'Etat de Palestine

01/09/2025

La position de M. De Maegd (ainsi que celle d'une autre députée MR, Mme DEBORSU) me semble équilibrée et authentiquement libérale. Sont-ce les seules voix libérales pondérées (Mme WILMES se taisant du moins sur la place publique) ? Voici la tribune du premier parue dans La libre de ce 1e septembre 2025

Michel De Maegd (député MR) plaide en faveur de la reconnaissance de l'État de Palestine: "A trop attendre, il n'y aura bientôt plus rien à reconnaître"

Une boussole claire et unique doit nous guider : le droit international. Faisons tout pour être du côté du droit, pas du côté de ceux qui trouvent sans cesse de nouvelles raisons pour ne pas agir et in fine participer à l'effroyable statu quo !

« Gaza subit depuis de nombreux mois une tragédie sans nom. Ce qui s'y déroule est inacceptable. Intolérable. La population tente d'y survivre, dans un climat de peur permanente. Au milieu des ruines, de la faim et de la mort. Tout est détruit. L'accès à l'eau et à toutes les ressources est quasiment inexistant. La famine est là, les hôpitaux sont exsangues, et des familles entières disparaissent sous les bombardements. Personne ne peut se détourner de cette réalité.

Au milieu de ce chaos, des otages juifs innocents croupissent, affamés, épuisés, terrorisés, déshumanisés dans les tunnels de Gaza. Car le 7 octobre 2023, le Hamas a commis l'impensable, l'injustifiable et l'impardonnable en Israël. Massacres, cruauté revendiquée, attaques systématiques contre des Juifs car ils étaient juifs. Une séquence génocidaire, selon de nombreux experts, tant l'intention était proclamée par ses auteurs. Au total 1200 personnes tuées et plus de 250 autres victimes innocentes de cette barbarie prises en otage. Certaines sont mortes, d'autres sont toujours prisonnières, et leurs familles vivent chaque jour avec cette angoisse. Ce terrible traumatisme nous rappelle qu'Israël fait face à une menace réelle, brutale, permanente, et qu'aucune paix durable ne pourra exister tant que cette menace subsistera.

Aucune perspective de négociations

Après près de deux années d'horreur tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens, une réalité s'impose. La spirale infernale de la violence n'a fait place à aucune ébauche de paix ou de solution politique : négociations sans fin pour la libération des otages et l'établissement d'un cessez-le-feu, poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie, déplacements forcés de populations palestiniennes à Gaza, incapacité de l'Autorité palestinienne d'exercer un leadership côté palestinien, aucune perspective de négociations entre Israéliens et Palestiniens…

C'est précisément parce que je garde ces réalités en tête que j'ai la conviction qu'une boussole claire et unique doit nous guider : le droit international. Sans lui, nous nous enfonçons dans l'arbitraire. Sans lui, la loi du plus fort remplace la justice. Sans lui, la force militaire l'emporte sur la diplomatie, écartant les acquis nés de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette boussole nous indique aujourd'hui une direction précise : nous devons agir, et maintenant.

Décréter qu'il y a un génocide, c'est à la Justice de le faire. Mais les rapports des organisations humanitaires, des observateurs indépendants, de l'ONU, apportent chaque semaine de nouveaux éléments alarmants qui nous obligent à agir pour prévenir.

L'année passée, la Cour internationale de Justice ordonnait à Israël des mesures pour prévenir un risque de génocide. Une décision rare et lourde de sens. Une décision, surtout, qui oblige les États parties à la Convention de 1948, dont la Belgique fait partie, à prévenir ce risque. De tout faire pour empêcher qu'il puisse survenir.

En 2007, la Cour internationale de Justice l'a confirmé, dans l'affaire Bosnie-Herzégovine contre Serbie. L'obligation d'agir existe dès qu'il y a un risque sérieux de génocide. Pas lorsque le crime est déjà en cours ou reconnu officiellement. Car attendre, c'est agir trop tard, comme l'a démontré l'histoire.

Un conflit qui a changé de nature

À titre personnel, je garde en moi le souvenir douloureux et consubstantiel de mes reportages au Rwanda lors du génocide des Tutsis en 1994. Cela m'aura marqué à jamais. Je n'affirme donc pas qu'il y a un génocide à Gaza. Je me suis d'ailleurs élevé avec force à la Chambre contre ceux qui, quelques semaines après les attaques terroristes du 7 octobre, banalisaient odieusement ce terme. Je me suis élevé avec autant de force contre ceux qui, dans la classe politique, refusaient d'accoler le mot "terroriste" au "Hamas". Ils portent une lourde responsabilité dans l'importation du conflit sur notre sol.

Décréter qu'il y a un génocide, c'est à la Justice de le faire. Mais les rapports des organisations humanitaires, des observateurs indépendants, de l'ONU, apportent chaque semaine de nouveaux éléments alarmants qui nous obligent à agir pour prévenir.

Car après plusieurs mois de guerre, le conflit a changé de nature. D'abord, il s'agissait pour Israël de répondre à une attaque sans précédent et de neutraliser une menace immédiate. Les roquettes du Hamas, du Hezbollah, des Houthis (les proxys et bras armés de l'Iran) ont terrorisé des années durant la population israélienne. Tsahal a riposté vigoureusement à Gaza, au Liban et au Yémen. Légitimement, l'armée devait protéger son peuple au nom de la légitime défense qui est reconnu par la Charte des Nations Unies, dans les limites du droit international humanitaire.

Un nouveau plan de colonisation

Mais désormais la donne a changé. La guerre de défense s'est muée en guerre de conquête et d'annexions prônées par l'extrême droite et les suprémacistes religieux au pouvoir en Israël. Le gouvernement Netanyahu a récemment déclaré vouloir maintenir un contrôle permanent sur Gaza. Son très influent Ministre des finances Bezalel Smotrich a approuvé un nouveau plan de colonisation de la Cisjordanie pour, je cite, "enterrer l'idée d'un État palestinien". Des responsables israéliens, dont le chef du Mossad, évoquent l'idée de transférer les Palestiniens en Libye, en Éthiopie et en Indonésie. Ces discours, combinés aux actes sur le terrain, traduisent une volonté qui dépasse la lutte contre le Hamas. Une volonté d'imposer un nouvel ordre territorial et politique, durable et unilatéral, qui s'apparente à un nettoyage ethnique.

Cela nous mène à cette question sensible : faut-il reconnaître l'État de Palestine ? D'aucuns répondent par la négative, arguant que ce serait une "prime au Hamas". Je ne le pense pas : ce n'est la réalité ni politique, ni juridique, ni diplomatique.

Politiquement d'abord : le Hamas est un groupe terroriste reconnu comme tel par l'UE et une multitude de grandes puissances. Il doit être éliminé. On ne négocie pas avec les terroristes, on les combat ! Réduire la Palestine au Hamas et à Gaza est, par ailleurs, une erreur factuelle : c'est oublier que la Palestine comprend la Cisjordanie et Jérusalem-Est.

Juridiquement ensuite : le Hamas n'est aucunement partie prenante à cette reconnaissance. C'est l'Autorité palestinienne, basée à Ramallah, qui est considérée comme son gouvernement légitime. Une Autorité qui devra nécessairement être revitalisée et renforcée par la Communauté internationale.

Un ambassadeur accrédité à Bruxelles

Diplomatiquement enfin : l'État de Palestine est déjà largement reconnu, au niveau mondial, dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale. Cela est rappelé par la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies. 149 États ont franchi le pas de cette reconnaissance. Ils seront rejoints, en septembre, lors de l'Assemblée générale de l'ONU, par d'autres qui ont déclaré formellement cette intention : parmi lesquels la France, le Canada, l'Australie, le Portugal, le Grand-Duché de Luxembourg, Malte, la Nouvelle-Zélande.

Par ailleurs, la Palestine est depuis 2012, "État observateur" des Nations Unies. Un statut approuvé à l'époque par la Belgique. Un ambassadeur palestinien est d'ailleurs accrédité à Bruxelles suite à une décision d'un ministre MR des Affaires étrangères.

Retarder la reconnaissance de la Palestine, c'est donner de facto au gouvernement israélien un droit de veto. C'est aussi accroître un rapport de force déjà écrasant.

La reconnaissance de la Palestine est "de principe". Elle entérine l'existence d'un peuple, d'un territoire, d'un gouvernement légitime et d'une capacité d'entrer en relation avec les autres États. Il s'agit donc de reconnaître un "État", pas un "régime".

Aucunement une "prime au Hamas", donc, mais bien une prime au droit international qui consacre le droit à l'autodétermination du peuple palestinien. C'est faire passer un message politique fort de responsabilisation à l'égard tant du gouvernement israélien que de l'Autorité palestinienne. Responsabilisation aussi de la communauté internationale qui doit agir à l'unisson pour mettre, enfin, un terme à ce conflit.

Pas un blanc-seing

C'est un outil diplomatique, un levier pour rééquilibrer une situation qui, sans cela, bascule vers l'irréversible. C'est encore et surtout être fidèles à nos valeurs libérales de liberté, d'égalité des chances, d'émancipation et de droit à vivre en sécurité.

La reconnaissance est aussi une question d'équité. Rappelons que l'Autorité palestinienne a, pour sa part, reconnu l'État d'Israël, lors des Accords d'Oslo en 1993.

Retarder cette reconnaissance, en revanche, c'est donner de facto au gouvernement israélien un droit de veto. C'est aussi accroître un rapport de force déjà écrasant. C'est encore accepter implicitement que le plus fort puisse bloquer à jamais l'existence même de l'autre.

Cette reconnaissance ne doit évidemment pas être vue comme un blanc-seing. Elle doit être un instrument diplomatique, visant à rééquilibrer les rapports de force dans les négociations et à protéger l'idée même de deux États vivant en sécurité côte à côte.

Elle doit être le lancement d'un processus plus large visant de toute urgence à libérer les otages détenus par les terroristes, à démilitariser le Hamas, à le neutraliser politiquement (ce à quoi s'engagent désormais, et c'est inédit, les pays arabes et musulmans). Un processus visant encore à faire reconnaître l'État d'Israël par les pays de la Ligue Arabe.

À charge pour la communauté internationale de déployer une force de maintien de la paix, de reconstruire les zones dévastées, d'accompagner sur la durée le processus politique en incluant les pays arabes, eux aussi garants et responsables de la pérennité de l'ensemble.

Faire de ces objectifs des conditions préalables à la reconnaissance est, dans les faits, empêcher toute reconnaissance. Or, il y a urgence. À trop attendre, il n'y aura bientôt plus rien à reconnaître : l'occupation prolongée, la colonisation et les destructions massives réduisent chaque jour les chances d'une solution à deux États, cette solution que nous prétendons défendre depuis toujours. Soyons cohérents et de bon sens : une solution à deux États implique l'existence de… deux États.

La reconnaissance ne suffit pas. Nous devons, au grand minimum, respecter nos obligations légales, à savoir ne pas contribuer à une situation illicite.

L'Union européenne dispose déjà d'un cadre juridique pour des sanctions ciblées contre les violations graves des droits humains. Tant envers les coupables palestiniens qu'israéliens. Il est temps de l'utiliser.

La Belgique peut également agir en dehors de ce cadre : contre le Hamas et ses bailleurs de fonds d'abord. En asséchant toutes ses sources de financement jusque dans nos pays. En poursuivant pénalement tous ceux qui y sont liés. Contre les extrémistes et suprémacistes religieux israéliens ensuite : en interdisant par exemple l'accès à son sol aux ministres d'extrême droite Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich. En sanctionnant les colons violents…

Ce n'est en rien un acte d'hostilité. Il ne faut y voir aucune attaque envers l'État et le peuple israélien (qui lui-même manifeste en masse pour la fin de la guerre), mais un moyen de pression ferme sur le gouvernement Netanyahu pour arrêter l'irréparable. Ne pas laisser la plus vieille démocratie de la région renier ses propres valeurs et principes. On ne peut pas proclamer inlassablement son attachement au droit international et, dans le même temps, fermer les yeux sur les violations flagrantes de ce droit.

Nous avons la responsabilité collective et morale de retrouver le chemin de la négociation et de la voie politique. Pour, après des décennies de fiasco (dont les responsabilités n'épargnent ni les pays arabes, ni les puissances occidentales) construire une paix juste et durable.

Ces décisions sur le plan international doivent s'accompagner, en Belgique, d'actions fortes et concrètes pour protéger la communauté juive, qui n'est en rien responsable de la politique menée par le gouvernement israélien et qui, pourtant, subit chaque jour l'intolérable : un antisémitisme grandissant et décomplexé dans nos rues.

La lutte contre l'antisémitisme et contre toute importation de ce conflit doit être permanente et sévère ; les auteurs poursuivis sans relâche ; les organisations de type Samidoun définitivement interdites sur notre territoire. C'est un de mes combats permanents au parlement. L'instrumentalisation de ce conflit par certains groupements ou partis politiques est inacceptable et doit être dénoncée avec force et sans concession.

En septembre, à New York, la Belgique prendra part à une réunion importante de l'Onu. Ce sera un moment de vérité. Pour toutes les raisons explicitées plus haut, un momentum rare dans l'historique de ce dramatique conflit au Proche-Orient.

Trop d'occasions manquées, de refus répétés des pays arabes eux-mêmes, de sabotages du processus de paix ont enfoncé la région dans un obscurantisme dont l'écho se fait ressentir jusque dans nos pays. Si l'on veut résolument la paix pour les générations futures, il faut dépasser les haines féroces et les rancœurs du passé. Il faut tracer une ligne crédible pour l'avenir. Assurer la sécurité qui sera le socle d'une paix et d'une prospérité.

Dans ce momentum, nombre de nos alliés prennent, un à un, position. Des pays amis, attachés comme nous à l'État de droit, décident de reconnaître la Palestine, d'imposer des mesures concrètes, de tenir un discours clair. Ne soyons pas à la traîne.

Faisons tout pour être du côté du droit, pas du côté de ceux qui trouvent sans cesse de nouvelles raisons pour ne pas agir et in fine participer à l'effroyable statu quo !

C'est mon intime conviction, dans le respect très libéral des opinions divergentes et de la liberté de conscience de chacun. »


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