Le droit des vote des femmes, première étape ?

11/08/2025

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth (né en 1980), a suscité de vives réactions après avoir partagé sur Twitter X une vidéo d'une église chrétienne nationaliste prônant la suppression du droit de vote des femmes. Publié le 7 août dernier, l'extrait reposté par Pete Hegseth est issu d'un reportage de CNN intitulé la «Croisade pour la domination chrétienne dans l'ère de Trump», sur les pasteurs nationalistes chrétiens conservateurs.

Dans notre jeunesse, avec un ami, nous imaginions une vie politique sans le vote des femmes (ni leur éligibilité), se rappelant le bon vieux temps où d'aucuns avaient trois voix (vote plural), une universelle, une pour l'importance des impôts payés et une pour les diplômes. C'était une boutade de galopins attardés peut être motivée par une mère « impériale ».

Dans notre for intérieur, nous ne croyions évidemment pas, à l'époque, qu'un tel retour en arrière fut possible, baignant dans une société dont le progrès, notamment des droits humains, était le phare et le symbole.

Voilà, à notre grand étonnement (peut être par méconnaissance des réalités sociales) que l'idée est projetée sur la place publique des médias sociaux par un des plus puissants ministres américains, celui de la Défense. Il est vrai qu'il se contente de forwarder le texte d'un pasteur rigoriste et passéiste en feignant de ne pas prendre parti. Cela ressemble néanmoins bel et bien à un ballon d'essai.

Le combat pour l'égalité hommes-femmes serait-il déjà devenu obsolète ? Ne serait-il déjà plus qu'un combat d'arrière garde ? L'Europe, la bien pensante, est-elle réellement à l'abri de telles dérives ? Rien n'est moins sur. Le murmure de certains groupuscules extrémistes dans divers pays de l'UE devrait inquiéter d'autant que les partis de droite extrême qu'ils infiltrent sont proches du pouvoir. Les cordons sanitaires sont inutiles dès que le seuil de la majorité est atteint.

Cela rappelle, l'évolution du port du voile et autre pratique des banlieues européennes. A la fin des années 1990, je me souviens de jeunes femmes d'origine marocaine qui entretenaient nos bureaux bruxellois habillées comme toutes leurs consœurs « autochtones ».. Dès leur retour, surtout en soirée, dans leur quartier d'habitations, elles se couvraient du voile enfoui dan leur sac, pour éviter les quolibets, remarques voire menaces de leur coreligionnaires. En même temps, à Anvers, des jeunes gens de même origine, habillés de noir jouaient à la police des mœurs dans leur quartier. Désœuvrés, ils y trouvaient, manipulés par quelques prêcheurs, une considération de soi et une affirmation communautariste réconfortante. Leur seule présence était intimidante. C'était le début d'un vaste mouvement qui voit aujourd'hui les femmes musulmanes plus voilées à Bruxelles, Paris,.. qu'à Marrakech.

Pendant ces temps là, la société officielle se vantait d'être un modèle de multiculturalisme se reposant sur l'éducation pour façonner des citoyennes et des citoyens ouverts aux Droits de l'Homme. Aujourd'hui, l'Université n'est pas à l'abri des pratiques les plus radicales et l'échec du système éducatif est chaque jour plus patent parmi ceux où la famille ne partage pas les conceptions « humanistes ».

Cela dit la contestation de la place de la femme n'est pas l'apanage de générations influencées par des lectures rigoristes de textes « sacrés » ou des pratiques culturelles qui y sont liées. Il est également à craindre que cette volonté d'effacer les évolutions sociétales depuis les années 1960 ne visera pas que la condition féminine. 

C'est dire si, comme toujours, la politique de l'autruche n'en est pas une mais une fuite en avant dérisoire et funeste. Défendre nos valeurs ne consiste pas seulement à garder le son des cloches rythmant les heures.