La France veut-elle encore d’un marché commun agricole ?

31/01/2024

Dans ses discours tenus récemment et destinés notamment aux agriculteurs en colère, G. ATTAL, PM français, a appelé à renforcer la « souveraineté » alimentaire de la France, évoquant « une exception agricole française » et sa volonté de « voir les mesures supplémentaires que l'on peut prendre sur ces histoires de concurrence déloyales », car « ce n'est pas normal que vous soyez empêchés d'utiliser certains produits [phytosanitaires], (…) mais que les pays voisins, Italie ou autres, les utilisent et que cela arrive ensuite chez nous ». Ces derniers propos (que des politiciens en Belgique tiennent également) peuvent être en partie justifiés mais globalement ils suscitent bien des interrogations sur la poursuite de l'Union européenne.

Le Ministre espagnol de l'agriculture a répondu : " Nous sommes dans l'Union européenne [UE]. Les normes de production et commercialisation sont similaires pour tous, il n'existe aucun avantage compétitif dérivé de l'application de normes distinctes », regrettant des déclarations « pas normales dans le cadre d'un marché unique dans l'UE, où chacun peut offrir et vendre ses produits ». « Si nos fruits et légumes et tous nos produits agroalimentaires sont à la première place en Europe et dans beaucoup de pays du monde, c'est grâce au travail de nos agriculteurs et éleveurs et de l'industrie, et pour aucune autre raison », a-t-il ajouté (selon Le Monde du 30/01/2024). 

La modernisation de l'agriculture en France a été inspirée par de Gaulle qui entendait en faire une branche à succès de l'économie française, ambition des années 1960 qui fut relayée par la toute jeune Communauté européenne. L'idée de base de la PAC européenne (certes les exceptions et accommodements furent nombreux dus notamment à l'adhésion de pays aux concepts agricoles différents comme le Royaume uni privilégiant les grandes exploitations ou aux niveaux de développement et de modernisation rappelant nos agricultures des années 50) était de permettre à chacun de produire au mieux de ses potentialités (en fonction de la qualité de la terre, du relief, du climat,….) et de vendre à tous tout en disposant de revenus agricoles raisonnables (avec parallèlement une réduction sensible des actifs dans le secteur, aujourd'hui 1,5% de la population active).

Toujours se défausser sur ses concurrents, n'incite pas à trouver des solutions pérennes d'autant que l'agriculture française est globalement largement exportatrice et a besoin de l'UE pour écouler ses surplus agricoles.

Enfin, la simplification des normes administratives exigée par des agriculteurs est le monstre du Loch Ness tant sur le plan européen que national, régional (provincial ou départemental) et communal. Toujours en parler et chaque jour faire le contraire en en créant de nouvelles . Remarquons que certaines formalités ont justement pour objet de contrôler le respect de normes permettant une concurrence loyale sur le marché européen, tant réclamée par les mêmes manifestants.

© 2021 Philippe REUL Tous droits réservés.
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